Air France: vite avant le crash
source : Le Nouvel Observateur le 04/06/1998 auteur : Airy Routier
Ce dimanche 31 mai, quand il quitte, tard dans la soirée, le siège d'Air France à Roissy, Jean-Cyril Spinetta n'attend plus rien. Tout le week-end, le PDG d'Air France et son état-major ont campé dans le joli bureau du patron de la compagnie, qui donne sur les pistes. Deux jours durant, ils ont espéré que les pilotes répondraient aux signaux qu'ils ont lancés pour qu'enfin le SNPL, majoritaire chez le personnel navigant, accepte de s'asseoir à la table des négociations. En vain. Le samedi, des contacts informels ont eu lieu entre le PDG et des responsables du syndicat. Sans aucun résultat. Comme toutes les tentatives que mène Spinetta depuis des semaines et des semaines. Ce dimanche soir, cet homme de 54ans à la réputation de bon négociateur est sans illusions. Il sait que le lendemain à Roissy les avions resteront au sol. Le SNPL a déposé pour le lundi 1er juin un préavis de grève pour une durée indéterminée. Des cheminots aux routiers, en passant par les forains, tous les syndicats ont accepté une trêve pendant la Coupe du Monde de Foot. Mais peu importe aux pilotes de menacer le déroulement de cette fête populaire! De faire apparaître la France comme le dernier bastion des archaïsmes. De plonger à nouveau leur compagnie dans les déficits: chaque jour de grève coûte 100millions de francs. Les salariés parmi les mieux payés de France n'ont qu'une seule chose en tête: faire plier le patron d'Air France qui veut réduire leur masse salariale de 500millions de francs.
Quand il succède à Christian Blanc, en septembre dernier, Jean-Cyril Spinetta connaît l'ampleur de la tâche qu'il aura à accomplir. Fin mai 1997, Blanc a essuyé une méchante grève. Les pilotes n'acceptent pas la mise en place de la double échelle des salaires, cette formule qui permet d'engager de jeunes pilotes à un salaire annuel brut nettement moins élevé que leurs prédécesseurs. Le 4juin 1997, le SNPL demande par écrit au président de l'époque de faire de la double échelle une étape transitoire, et de reconstruire une grille des salaires d'ici au 31mai 1998. Le 19juin 1997, Blanc fait savoir qu'il renonce à la double échelle et propose de négocier, avant le 31mai1998, une nouvelle grille de rémunérations aboutissant à la même économie. Christian Blanc sait-il alors qu'il va démissionner de ses fonctions trois mois plus tard? Impossible de l'en accuser. Ce fan des coups de poker a-t-il pensé qu'il mettrait d'ici là les navigants dans sa poche? Peut-être. Mais cet amateur de rugby ne peut imaginer que les pilotes négocieront sans rechigner à la veille de la Coupe du Monde de Foot. Quoi qu'il en soit, la partie de poker est perdue. Et c'est à Spinetta de rebattre les cartes.
Le nouveau PDG d'Air France lui aussi aime le rugby, mais c'est un passionné de foot. Dès le 15 novembre dernier, il évoque devant les pilotes ses objectifs pour 1998: 3milliards d'économies, dont 500millions sur la masse salariale. Spinetta sait déjà que cette année Air France va dégager des bénéfices qui s'élèveront finalement à 1,84 milliard de francs. Du jamais vu depuis sept ans! Mais le PDG connaît la fragilité de cette performance, due à l'explosion du trafic, au remplissage record des avions et au désendettement massif. Mais aussi au fait que la compagnie s'est rogné les ailes. «Depuis cinq ans, Air France n'a pas acheté un seul avion, affirme-t-il. C'est l'une des causes de son redressement financier.» Il entend aujourd'hui «reconquérir les parts de marché perdues». Pour renouveler sa flotte, le PDG a prévu d'investir 40milliards sur cinq ans, ce qui entraîne la création de 600postes de pilotes dans les trois ans qui viennent. Il dit qu'avec la construction de deux nouvelles pistes à Roissy la compagnie possède un atout qu'aucune autre de ses concurrentes européennes ne détient. Mais pas question pour lui de financer tout cela en s'endettant. L'entreprise doit s'autofinancer, et cela passe entre autre par des économies sur les salaires. En 1993, Air France serait morte si l'Etat -donc les contribuables- n'avait pas injecté 20milliards de francs et si Christian Blanc ne l'avait pas engagée dans un effort de redressement.
A la mi-décembre 1997, Jean-Cyril Spinetta réunit de nouveau ses pilotes. L'ouverture du capital d'Air France est prévue pour l'automne suivant. Le PDG leur propose d'échanger un paquet de 450000francs d'actions contre une baisse de 15% des salaires (deux fois moins après impôt). Il essuie un refus catégorique. Qu'importe. Avec son équipe, il cogite, compte, recompte. Entre-temps, il fait réaliser l'audit que le SNPL avait demandé à Blanc, avant qu'il ne démissionne, sur les salaires comparés des pilotes d'Air France, de British Airways et de Lufthansa, les deux grandes compagnies européennes concurrentes. Cette enquête, selon les désirs du syndicat, sera réalisée par l'USalpa, le syndicat des pilotes américains. Et que révèle cet audit? Les pilotes français sont parmi les salariés les mieux payés de France et... les pilotes les mieux payés d'Europe. Aujourd'hui contesté par le SNPL, ce résultat se lit dans la courbe que nous publions: les pilotes français gagnent 20% de plus que ceux de British Airways, et 40% de plus que ceux de Lufthansa. Mieux, les Français sont augmentés par paliers, tandis que ceux des Allemands suivent une courbe parfaitement lisse. Résultat, pour Air France, un surcoût récurrent de 1milliard de francs par an.
Le 14 mai, Spinetta rencontre de nouveau le SNPL. Il pense avoir trouvé la voie du dialogue. Vous ne voulez- pas de l'échange salaires-actions, leur dit-il en substance? D'accord, celui-ci ne sera pas obligatoire. Mais à ceux qui ne seront pas preneurs je propose un autre deal: votre salaire brut ne baissera pas. En revanche, il évoluera selon une nouvelle grille de rémunérations qui permettra, au bout de cinq ans, de remplir notre objectif économique. En clair, les augmentations générales peuvent être maintenues, mais les hausses de salaires pour cause de promotion seront bloquées. Un exemple? Un commandant de bord long-courrier en fin de carrière qui part aujourd'hui en retraite avec un salaire de 1,250million de francs par an quittera demain l'entreprise à 1,067million. Ce jour-là, la double échelle des salaires, cette revendication numéro un des pilotes est implicitement abandonnée. C'est la formule négociée et acceptée par les pilotes de Lufthansa. Mais les responsables du SNPL, eux, ne veulent toujours pas manger de ce pain-là. Le lendemain de cette rencontre, ils publient un tract, intitulé... «Logique de guerre». «Si le conflit s'engage, alors il sera très dur et peut-être très long, peut-on lire dans ce tract. Nous espérons encore que la raison l'emportera, car, comme vous, ce n'est pas de gaieté de coeur que nous allons à la guerre. Il va falloir préparer nos familles, notre entourage, faire des provisions financières [...]». Pour des pilotes qui reprochent à leur direction de ne pas vouloir négocier, quelle avancée!
«Agression», «intransigeance», «ultimatum». Les responsables du SNPL ne cesseront depuis de manier à l'encontre de leur direction un vocabulaire jusqu'au-boutiste. Ils estiment que, puisque la compagnie fait à nouveau des bénéfices, ils n'ont pas d'efforts à consentir. Ils le pensent d'autant plus qu'ils interprètent comme un signe d'ouverture les propos que leur tient Jean-Claude Gayssot quand il les reçoit les 27 et 28 mai. Le ministre des Transports assure Spinetta de son soutien, réaffirme qu'il a cosigné avec Dominique Strauss-Kahn une lettre de mission demandant à la direction d'Air France de rattraper l'écart de compétitivité avec ses concurrents. Mais il ajoute: «Cela ne passe pas que par des efforts sur les salaires, cela doit se réaliser dans le temps. Cela peut se faire par la mise en place d'une nouvelle grille et non d'une double échelle de salaires.» Ce que les pilotes savent pourtant, de la bouche de leur PDG, depuis le 14 mai... Qu'importe, le SNPL va alors jouer Gayssot contre son président. De leur point de vue, ils n'ont peut-être pas tort. C'est le même Gayssot qui leur annonce, le 1er juin, que «l'échange salaires-actions pourrait être limité dans le temps.» Une revendication que les pilotes viennent précisément de mettre sur le tapis. Ils peuvent désormais, sans trop perdre la face, aller s'asseoir à la table des négociations. Le même jour, Jean-Cyril Spinetta annonce qu'elles reprendront le lendemain, à 15h30.
La grève pourra-t-elle être évitée pour autant? Pas sûr. A moins que le gouvernement ne demande au PDG d'Air France de céder sur les économies. Auquel cas, on voit mal en effet le patron de la compagnie revenir sur une mesure qu'il considère comme vitale pour l'entreprise. Il pourrait bien rendre son tablier. Mais cette éventuelle démission envenimerait inévitablement la polémique, qui a déjà commencé à droite sur la privatisation de l'entreprise. Surtout, si le gouvernement cède, il se promet un automne chaud. Les autres catégories de personnel d'Air France peuvent entrer dans la danse. Routiers, cheminots, forains ont accepté de mettre leurs revendications en berne le temps du Mondial. Mais si les re-vendications des pilotes sont satisfaites, ils ne manqueront pas de ressortir les leurs à la rentrée.AIRY ROUTIER
Ce dimanche 31 mai, quand il quitte, tard dans la soirée, le siège d'Air France à Roissy, Jean-Cyril Spinetta n'attend plus rien. Tout le week-end, le PDG d'Air France et son état-major ont campé dans le joli bureau du patron de la compagnie, qui donne sur les pistes. Deux jours durant, ils ont espéré que les pilotes répondraient aux signaux qu'ils ont lancés pour qu'enfin le SNPL, majoritaire chez le personnel navigant, accepte de s'asseoir à la table des négociations. En vain. Le samedi, des contacts informels ont eu lieu entre le PDG et des responsables du syndicat. Sans aucun résultat. Comme toutes les tentatives que mène Spinetta depuis des semaines et des semaines. Ce dimanche soir, cet homme de 54ans à la réputation de bon négociateur est sans illusions. Il sait que le lendemain à Roissy les avions resteront au sol. Le SNPL a déposé pour le lundi 1er juin un préavis de grève pour une durée indéterminée. Des cheminots aux routiers, en passant par les forains, tous les syndicats ont accepté une trêve pendant la Coupe du Monde de Foot. Mais peu importe aux pilotes de menacer le déroulement de cette fête populaire! De faire apparaître la France comme le dernier bastion des archaïsmes. De plonger à nouveau leur compagnie dans les déficits: chaque jour de grève coûte 100millions de francs. Les salariés parmi les mieux payés de France n'ont qu'une seule chose en tête: faire plier le patron d'Air France qui veut réduire leur masse salariale de 500millions de francs.
Quand il succède à Christian Blanc, en septembre dernier, Jean-Cyril Spinetta connaît l'ampleur de la tâche qu'il aura à accomplir. Fin mai 1997, Blanc a essuyé une méchante grève. Les pilotes n'acceptent pas la mise en place de la double échelle des salaires, cette formule qui permet d'engager de jeunes pilotes à un salaire annuel brut nettement moins élevé que leurs prédécesseurs. Le 4juin 1997, le SNPL demande par écrit au président de l'époque de faire de la double échelle une étape transitoire, et de reconstruire une grille des salaires d'ici au 31mai 1998. Le 19juin 1997, Blanc fait savoir qu'il renonce à la double échelle et propose de négocier, avant le 31mai1998, une nouvelle grille de rémunérations aboutissant à la même économie. Christian Blanc sait-il alors qu'il va démissionner de ses fonctions trois mois plus tard? Impossible de l'en accuser. Ce fan des coups de poker a-t-il pensé qu'il mettrait d'ici là les navigants dans sa poche? Peut-être. Mais cet amateur de rugby ne peut imaginer que les pilotes négocieront sans rechigner à la veille de la Coupe du Monde de Foot. Quoi qu'il en soit, la partie de poker est perdue. Et c'est à Spinetta de rebattre les cartes.
Le nouveau PDG d'Air France lui aussi aime le rugby, mais c'est un passionné de foot. Dès le 15 novembre dernier, il évoque devant les pilotes ses objectifs pour 1998: 3milliards d'économies, dont 500millions sur la masse salariale. Spinetta sait déjà que cette année Air France va dégager des bénéfices qui s'élèveront finalement à 1,84 milliard de francs. Du jamais vu depuis sept ans! Mais le PDG connaît la fragilité de cette performance, due à l'explosion du trafic, au remplissage record des avions et au désendettement massif. Mais aussi au fait que la compagnie s'est rogné les ailes. «Depuis cinq ans, Air France n'a pas acheté un seul avion, affirme-t-il. C'est l'une des causes de son redressement financier.» Il entend aujourd'hui «reconquérir les parts de marché perdues». Pour renouveler sa flotte, le PDG a prévu d'investir 40milliards sur cinq ans, ce qui entraîne la création de 600postes de pilotes dans les trois ans qui viennent. Il dit qu'avec la construction de deux nouvelles pistes à Roissy la compagnie possède un atout qu'aucune autre de ses concurrentes européennes ne détient. Mais pas question pour lui de financer tout cela en s'endettant. L'entreprise doit s'autofinancer, et cela passe entre autre par des économies sur les salaires. En 1993, Air France serait morte si l'Etat -donc les contribuables- n'avait pas injecté 20milliards de francs et si Christian Blanc ne l'avait pas engagée dans un effort de redressement.
A la mi-décembre 1997, Jean-Cyril Spinetta réunit de nouveau ses pilotes. L'ouverture du capital d'Air France est prévue pour l'automne suivant. Le PDG leur propose d'échanger un paquet de 450000francs d'actions contre une baisse de 15% des salaires (deux fois moins après impôt). Il essuie un refus catégorique. Qu'importe. Avec son équipe, il cogite, compte, recompte. Entre-temps, il fait réaliser l'audit que le SNPL avait demandé à Blanc, avant qu'il ne démissionne, sur les salaires comparés des pilotes d'Air France, de British Airways et de Lufthansa, les deux grandes compagnies européennes concurrentes. Cette enquête, selon les désirs du syndicat, sera réalisée par l'USalpa, le syndicat des pilotes américains. Et que révèle cet audit? Les pilotes français sont parmi les salariés les mieux payés de France et... les pilotes les mieux payés d'Europe. Aujourd'hui contesté par le SNPL, ce résultat se lit dans la courbe que nous publions: les pilotes français gagnent 20% de plus que ceux de British Airways, et 40% de plus que ceux de Lufthansa. Mieux, les Français sont augmentés par paliers, tandis que ceux des Allemands suivent une courbe parfaitement lisse. Résultat, pour Air France, un surcoût récurrent de 1milliard de francs par an.
Le 14 mai, Spinetta rencontre de nouveau le SNPL. Il pense avoir trouvé la voie du dialogue. Vous ne voulez- pas de l'échange salaires-actions, leur dit-il en substance? D'accord, celui-ci ne sera pas obligatoire. Mais à ceux qui ne seront pas preneurs je propose un autre deal: votre salaire brut ne baissera pas. En revanche, il évoluera selon une nouvelle grille de rémunérations qui permettra, au bout de cinq ans, de remplir notre objectif économique. En clair, les augmentations générales peuvent être maintenues, mais les hausses de salaires pour cause de promotion seront bloquées. Un exemple? Un commandant de bord long-courrier en fin de carrière qui part aujourd'hui en retraite avec un salaire de 1,250million de francs par an quittera demain l'entreprise à 1,067million. Ce jour-là, la double échelle des salaires, cette revendication numéro un des pilotes est implicitement abandonnée. C'est la formule négociée et acceptée par les pilotes de Lufthansa. Mais les responsables du SNPL, eux, ne veulent toujours pas manger de ce pain-là. Le lendemain de cette rencontre, ils publient un tract, intitulé... «Logique de guerre». «Si le conflit s'engage, alors il sera très dur et peut-être très long, peut-on lire dans ce tract. Nous espérons encore que la raison l'emportera, car, comme vous, ce n'est pas de gaieté de coeur que nous allons à la guerre. Il va falloir préparer nos familles, notre entourage, faire des provisions financières [...]». Pour des pilotes qui reprochent à leur direction de ne pas vouloir négocier, quelle avancée!
«Agression», «intransigeance», «ultimatum». Les responsables du SNPL ne cesseront depuis de manier à l'encontre de leur direction un vocabulaire jusqu'au-boutiste. Ils estiment que, puisque la compagnie fait à nouveau des bénéfices, ils n'ont pas d'efforts à consentir. Ils le pensent d'autant plus qu'ils interprètent comme un signe d'ouverture les propos que leur tient Jean-Claude Gayssot quand il les reçoit les 27 et 28 mai. Le ministre des Transports assure Spinetta de son soutien, réaffirme qu'il a cosigné avec Dominique Strauss-Kahn une lettre de mission demandant à la direction d'Air France de rattraper l'écart de compétitivité avec ses concurrents. Mais il ajoute: «Cela ne passe pas que par des efforts sur les salaires, cela doit se réaliser dans le temps. Cela peut se faire par la mise en place d'une nouvelle grille et non d'une double échelle de salaires.» Ce que les pilotes savent pourtant, de la bouche de leur PDG, depuis le 14 mai... Qu'importe, le SNPL va alors jouer Gayssot contre son président. De leur point de vue, ils n'ont peut-être pas tort. C'est le même Gayssot qui leur annonce, le 1er juin, que «l'échange salaires-actions pourrait être limité dans le temps.» Une revendication que les pilotes viennent précisément de mettre sur le tapis. Ils peuvent désormais, sans trop perdre la face, aller s'asseoir à la table des négociations. Le même jour, Jean-Cyril Spinetta annonce qu'elles reprendront le lendemain, à 15h30.
La grève pourra-t-elle être évitée pour autant? Pas sûr. A moins que le gouvernement ne demande au PDG d'Air France de céder sur les économies. Auquel cas, on voit mal en effet le patron de la compagnie revenir sur une mesure qu'il considère comme vitale pour l'entreprise. Il pourrait bien rendre son tablier. Mais cette éventuelle démission envenimerait inévitablement la polémique, qui a déjà commencé à droite sur la privatisation de l'entreprise. Surtout, si le gouvernement cède, il se promet un automne chaud. Les autres catégories de personnel d'Air France peuvent entrer dans la danse. Routiers, cheminots, forains ont accepté de mettre leurs revendications en berne le temps du Mondial. Mais si les re-vendications des pilotes sont satisfaites, ils ne manqueront pas de ressortir les leurs à la rentrée.AIRY ROUTIER